Divertissement

Le jeu de l’oie, une métaphore de l’existence

Présenté au monde le

Histoire du jeu. Dans sa version actuelle, le jeu de l’oie date du XVIe siècle mais il trouve probablement son origine bien antérieurement, dans l’Antiquité grecque1« Le jeu de l’oie [fut] inventé, selon la légende, par Palamède, un héros grec, durant le siège de Troie… » (LAROUSSE, Encyclopédie en ligne, Jeux de loisir, consulté le 13 nov. 2019). Déployant une symbolique forte, chère aux Humanistes de la Renaissance (2), ce jeu s’est prêté à tous les travestissements, tant culturels2On l’a, par exemple, rattaché à la Confrérie des Templiers, au pèlerinage de Saint-Jacques de Compostelle, à la Franc-maçonnerie. Jules VERNE met en scène un gigantesque jeu de l’oie à l’échelle des États-Unis, dans son roman Le Testament d’un excentrique, paru en 1899. que commerciaux3Des jeux de l’oie ont illustré les Aventures de Don Quichotte, la Révolution Française, l’Affaire Dreyfus, etc.. Figurant un simple parcours de 63 cases4Ce chiffre lui-même est symbolique, notamment parce qu’il correspond à 7 cycles de 9 cases qui rappellent les cycles de l’existence. truffé de pièges et d’embûches (1), le jeu de l’oie apparaît comme une allégorie de l’existence et de ses vicissitudes, autant que de toute suite de péripéties. Aujourd’hui tombé en désuétude, le jeu de l’oie compte toujours ses adeptes (les ocaludophiles) et possède même son propre musée5Musée du jeu de l’oie, place du Roi de Rome, 78120 Rambouillet, Île-de-France..

1. Règles du jeu de l’oie

Présentation du jeu. Le jeu de l’oie est un jeu de société qui consiste à déplacer son pion sur un plateau ou tablier, en fonction du résultat obtenu par le jet de deux dés (1.1) et selon des règles particulières à certaines cases (1.2). Le plateau figure une enfilade de 63 cases enroulées en spirale, le but du jeu étant d’arriver le premier sur la dernière case. On utilise des pions de couleurs différentes pour identifier les joueurs. À son tour, chacun d’entre eux lance les dés et avance son pion sur le plateau, du nombre de cases correspondant. Le jeu de l’oie est donc un jeu de pur hasard : aucune stratégie n’entre en ligne de compte, « l’aléa y règne en maître puisque les dés et les accidents déterminent la marche des pièces. »6Thierry DEPAULIS, « Jeu de l’oie », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 13 nov. 2019.

1.1. Règles générales

Pour déterminer l’ordre de jeu, chaque joueur lance un dé et celui qui a obtenu le plus grand nombre commence ; on joue ensuite dans le sens des aiguilles d’une montre. On commence au n° 1 et l’on va jusqu’au n° 63. Si l’on tombe sur l’une des cases de l’oie (9, 18, 27, 36, 45 ou 54), on ne s’y arrête pas : on avance encore d’autant de cases que l’on vient de faire. Celui qui est rejoint par un autre joueur sur la même case devra se rendre sur la case où l’autre joueur se situait avant ce tour.

1.2. Règles spéciales

Qui fait 9 au premier jet, ira au 26 s’il l’a fait par 6 et 3, ou au 53 s’il l’a fait par 4 et 5. Qui tombe à 6, où il y a un pont, ira à 12. Qui tombe à 19, où il y a un hôtel, se repose quand chacun joue deux tours. Qui tombe à 31, où il y a un puits, attend qu’on le relève. Qui tombe à 42, où il y a un labyrinthe, retourne à 33. Qui tombe à 52, où il y a une prison, attend qu’on le relève. Qui tombe à 58, où il y a la mort, recommence le jeu. On gagne la partie en arrivant le premier sur la case 63. Si cette case se trouve dépassée, il convient de rétrograder d’autant et de tenter à nouveau sa chance au tour prochain.

2. Symbolique du jeu de l’oie

Interprétation du jeu. Le caractère ésotérique du jeu de l’oie ressort de la combinaison de nombreux symboles : l’oie bien sûr (2.1), les dés qu’on utilise (2.2), la spirale du parcours (2.3), également le pont (2.4), l’hôtel (2.5), le puits (2.6), le labyrinthe (2.7), la prison (2.8) et la mort (2.9) qui occupent une case remarquable. À eux tous, ces symboles mettent en scène la quête de connaissance du joueur et sa progression initiatique à travers les degrés de la conscience. On peut aussi y voir une forme d’élévation du profane vers le sacré. Dans la tradition chrétienne, c’est le passage de la vie à la mort puis le jugement dernier, la résurrection et la vie éternelle. Dans la tradition hindoue, le jeu de l’oie fait songer à la Saṃsāra7« Le jeu de l’Oie est donc le jeu du Saṃsāra, du karma ; son lieu est le labyrinthe, spirale mystique symbolisant la difficile pérégrination de l’âme vers le centre, le sanctuaire intérieur et caché, où elle rencontrera son Être essentiel, la permanence de son impermanence… » (Jacques BROSSE, Zen et Occident, 1992, Éd. Albin Michel, coll. Spiritualités vivantes, p. 40). (la roue de la vie, le cycle des réincarnations) puis au nirvana (la libération du cycle des renaissances et la cessation des souffrances humaines).

2.1. L’oie

Donnant son nom au jeu, l’oie est traditionnellement l’animal qui annonce le danger. Durant le siège de Rome, en 390 av. J.-C., ce sont les oies du Capitole qui donnèrent l’alerte lors d’une attaque surprise des Gaulois. Bien avant, dans l’Égypte antique, l’oie était considérée comme une messagère entre la Terre et le Ciel, entre les Hommes et les dieux — messagère dont la bêtise assurait la fiabilité et la fidélité. On comprend dès lors que, dans de nombreuses cultures, l’oie personnifie le destin, qui est le projet divin pour chaque Homme. C’est aussi un symbole de sagesse, celle acquise par l’oie au cours de sa migration ou — sur un plan plus ésotérique — celle acquise par l’âme au fil de ses réincarnations8Jacques BROSSE, Zen et Occident, 1992, Éd. Albin Michel, coll. Spiritualités vivantes, p. 40..

2.2. Les dés

Au nombre de deux, les dés ont la charge d’introduire l’aléa9D’ailleurs, « c’est en latin le nom du jeu de dés. » (Roger CAILLOIS, « Classification des jeux », Synthèses (revue), n° 140-141, janv.-févr. 1958, pp. 18-39). dans chaque partie. Ce sont donc eux qui symbolisent — dans la marche du jeu — le hasard et son rôle, qu’il soit positif (chance) ou négatif (malchance). Difficile de ne pas voir, dans la place centrale (et même exclusive) faite au hasard dans le jeu de l’oie, une métaphore de la fatalité10« Pour mieux dire, le destin est le seul artisan de la victoire et celle-ci, quand il y a rivalité, signifie exclusivement que le vainqueur a été plus favorisé par le sort que le vaincu. » (Roger CAILLOIS, « Classification des jeux », Synthèses (revue), n° 140-141, janv.-févr. 1958, pp. 18-39). : « l’aléa marque et révèle la faveur du destin. Le joueur y est entièrement passif […]. Il ne fait qu’attendre, dans l’espoir et le tremblement, l’arrêt du sort. »11Roger CAILLOIS, « Classification des jeux », Synthèses (revue), n° 140-141, janv.-févr. 1958, pp. 18-39. Niant les capacités réelles des participants12« … l’aléa nie le travail, la patience, l’habileté, la qualification ; il élimine la valeur professionnelle, la régularité, l’entraînement. Il en abolit en un instant les résultats accumulés. Il est disgrâce totale ou faveur absolue. » (Roger CAILLOIS, « Classification des jeux », Synthèses (revue), n° 140-141, janv.-févr. 1958, pp. 18-39)., « [le jeu de l’oie] a […] l’avantage de procéder du hasard et d’égaliser, par conséquent, les forces des joueurs. Il donne une leçon aux ambitieux en leur montrant que celui qui va trop loin peut se trouver forcé de revenir sur ses pas ; il devient enfin l’occasion de mille enseignements familiers. »13« Le jeu d’oie », Le magasin pittoresque (revue), déc. 1845, n° 50, p. 393.

2.3. La spirale

La forme du plateau de jeu renforce ces impressions. Existe-t-il figure plus hypnotique que celle du tourbillon, de l’hélice en rotation, de la vis sans fin ? Représentation du « souffle de la vie, qui englobe l’Homme et le tire à Dieu tout à la fois »14« La spirale est un élément important de la symbolique judéo-chrétienne, et y représente le souffle de la vie, qui englobe l’Homme et le tire à Dieu tout à la fois. Rotation et ascension, révolution et élévation, tels sont donc les mouvements qui semblent animer l’univers. Le dieu hindou Shiva, entraîné dans sa danse folle et perpétuelle, évoque un mouvement comparable. » (Annick de Souzenelle, « Approche du symbolisme de la spirale », Revue Française de Yoga, n°8, « Postures de rotation », 1993, pp. 185-190)., la spirale « introduit une dimension supplémentaire par rapport à la symbolique du cercle et du cycle : sa grande supériorité est de pouvoir transcrire la notion de mouvement et, partant, d’évolution. »15Joël THOMAS, « La spirale, symbole de la vie et du temps », Revue 3e millénaire, ancienne série, n° 12, janv.-févr., 1984. Symbole d’une « véritable alchimie spirituelle »16« La transmutation de ces courants, qui se manifestent en l’homme suivant deux spirales, l’une descendante (descente de Dieu en l’homme), l’autre ascendante (montée de l’homme vers Dieu), bien décrite par les philosophies extrême-orientales (mais aussi par les Occidentaux, dont le Pseudo-Denys l’Aréopagite qui, développant les idées des néoplatoniciens, nous parle d’un mouvement hélicoïdal descendant de Dieu à l’âme et remontant de l’âme vers Dieu), détermine une véritable alchimie spirituelle. » (Joël THOMAS, « La spirale, symbole de la vie et du temps », Revue 3e millénaire, ancienne série, n° 12, janv.-févr., 1984), « mise en dialectique du temps humain et de l’éternité »17Joël THOMAS, « La spirale, symbole de la vie et du temps », Revue 3e millénaire, ancienne série, n° 12, janv.-févr., 1984., également métaphore de la descente aux Enfers18« … c’est le sens des « Descentes aux Enfers », qui correspondent en fait à un double mouvement symbolique : catabase et anabase, descente et remontée associées dans un mouvement dialectique qui permet au héros de ne « descendre » que pour « remonter » enrichi de cette descente en lui-même […] situation confinant, on le voit, à une psychanalyse bien conduite. » (Joël THOMAS, « La spirale, symbole de la vie et du temps », Revue 3e millénaire, ancienne série, n° 12, janv.-févr., 1984)., la spirale convoque immédiatement à l’esprit l’image du labyrinthe19Qui connut d’innombrables déclinaisons à travers les âges : le mandala hindou, le fylfot scandinave, les géoglyphes de Nazca..

Mais alors que le labyrinthe est une création de l’Homme, la spirale s’illustre dans la nature et traverse les trois règnes : le règne minéral d’abord (le vortex de la tornade, les maelströms du Saltstraumen20Le Saltstraumen est un détroit de Norvège (comté de Nordland)., les trous noirs stellaires) ; le règne végétal ensuite (l’imbrication des pétales de rose, les tiges volubiles du houblon, les vrilles foliaires de la vigne) ; le règne animal enfin (la coquille de l’escargot21Le colimaçon — escargot en ancien français (étymologiquement limace à coquille) — donne son nom à l’escalier ayant une forme hélicoïdale et comportant un espace en son centre. Existe également le double colimaçon, l’escalier à double hélice ou double révolution (celui du château de Chambord). L’escalier à vis a aussi la forme d’une spirale mais il repose simplement sur un noyau central, correspondant à l’empilement des marches., les orbes du serpent, le pavillon de l’oreille)22Joël THOMAS, « La spirale, symbole de la vie et du temps », Revue 3e millénaire, ancienne série, n° 12, janv.-févr., 1984.. Il est notable que « … la spirale est omniprésente dans les structures de l’univers, de l’infiniment petit à l’infiniment grand, de la double hélice de l’ADN au tourbillon des galaxies. »23Joël THOMAS, « La spirale, symbole de la vie et du temps », Revue 3e millénaire, ancienne série, n° 12, janv.-févr., 1984.

2.4. Le pont

Cette transcendance est caractéristique — quoique à une échelle moindre — de la symbolique du pont, construction humaine, lien évident entre tous les Hommes, également entre le Ciel et la Terre, à la fois communication et passage entre l’ici-bas et l’au-delà. Un pont cependant n’est jamais qu’une possibilité, comme le seuil qui suppose d’être franchi afin d’offrir ses promesses. Pour faire son office, le pont doit être traversé et c’est cette traversée qui, plus encore que la passerelle, prend une tournure mystique.

Le monde n’est pas fait d’Hommes mais de voyageurs et de migrants, dont certains ne parviennent jamais à traverser le chenal24Cf. Valérie DEBRUT, « Comment sortir de son bocal », Notices [en ligne], 14 mars 2018.. Ils restent sur la rive et, s’ils s’élancent, doivent rebrousser chemin, continuant leur vie de ce côté-ci de la rivière. La traversée d’un pont — particulièrement si le passage est dangereux25Cf. Les tableaux de Carl SPITZWEG, Gefährliche Passage (Le passage dangereux), années 1840, collections privées. — est un moment de vérité, qui sépare le bon grain de l’ivraie, le courageux du timoré. À l’opposé, d’autres personnes — marchands, prêcheurs, guides — vivent de perpétuelles communications entre les mondes : les sédentaires les paient pour faire le voyage à leur place, les nomades pour voyager avec eux.

2.5. L’hôtel

Sur sa route, le voyageur trouve refuge dans des gîtes. L’hôtel propose donc une interprétation complémentaire puisque les haltes sont une nécessité de tout périple. Le pèlerin ne peut pas toujours marcher, il doit reposer son corps fourbu et ses pieds douloureux. L’auberge est le lieu du repos et du rassemblement, avec toutes les tentations qu’elle comporte : s’attabler trop longuement et dormir trop tard, retarder sans cesse le moment du départ, s’adonner à la débauche, plonger dans la luxure, se reposer sur ses lauriers… Il est des voyages qu’on ne termine jamais. D’ailleurs l’hôtel, par son étymologie commune avec l’hôpital, est aussi une mise en scène de la maladie, c’est-à-dire du repos forcé. L’hôtel-hôpital marque — dans la progression du joueur26Du jeu de l’oie ou du jeu La vie sur Terre. — un temps d’arrêt, qui peut être voulu (la récréation, le délassement) ou non (les tracas, les contretemps).

2.6. Le puits

Le puits aussi peut bloquer le voyageur, puisqu’il présente un risque évident de chute. La symbolique n’est alors plus celle du repos quel qu’il soit, mais bien celle de la connaissance. Un puits — le puits de science — est une source, source d’eau et de vie, source de savoir et de sagesse. Et c’est précisément par-là que le danger arrive : la tentation d’une expérience seulement livresque de l’existence, la soif de culture qui devient inextinguible, les obsessions délétères, ces obscurités tenaces qu’on cherche à éclaircir, comme ses propres démons qu’on croit combattre, mais qui finalement charment, envoûtent et engloutissent. Également symbole des mauvais jours, le puits est encore une image de la dépression (le black dog de CHURCHILL27I think this man [un docteur allemand] might be useful to me – if my black dog returns. He seems quite away from me now – it is such a relief. All the colours come back into the picture.” (Lettre à son épouse, Clémentine, 1911).) quand tout devient sans utilité ni saveur, une allégorie des pensées noires qui s’insinuent, s’installent puis convoitent avec insistance le soulagement de la mort.

2.7. Le labyrinthe

Toutes ces embûches appellent pour le joueur une nécessité, celle de les surmonter, la volonté de s’en sortir. Quelle meilleure image que celle du labyrinthe pour l’illustrer ? En Occident, on se réfère au mythe de Thésée — le héros28« … le héros qui arrive au centre du labyrinthe (où l’attendent à la fois une épreuve ultime et une victoire potentielle) est celui qui a su réaliser, trouver en lui ce centre essentiel, contrastant avec les méandres du labyrinthe lui-même, et un peu comparable à l’ »œil » immobile du cyclone, entouré de vents tourbillonnants. » (Joël THOMAS, « La spirale, symbole de la vie et du temps », Revue 3e millénaire, ancienne série, n° 12, janv.-févr., 1984). de l’Attique — qui se distingua en tuant le Minotaure, un monstre enfermé par le roi Minos dans le labyrinthe conçu par Dédale. Thésée parvint à tuer le monstre, puis à ressortir du labyrinthe grâce à la pelote de fil qu’Ariane — la fille de Minos, amoureuse du héros — lui avait remis et qu’il avait déroulé tout au long de son trajet. Plus tard, dans sa Divine Comédie, DANTE proposera une autre image du labyrinthe29« La chrétienté s’est emparé du symbole païen et a réinterprété le mythe antique : le labyrinthe est un cheminement dans l’erreur — symbole de la vie sur terre —, le Minotaure est le Malin — qui se trouve au centre du labyrinthe et au centre de nous-mêmes —, Thésée est le Christ — qui vainc le Minotaure et nous ouvre un chemin vers la lumière —, Ariane et son fil, enfin, sont tantôt l’Église, tantôt la Vierge Marie — qui se veut notre compagne et nous guide sur les traces du Christ, seule source de lumière vraie. » (Charles DOYEN, « L’image du labyrinthe dans l’Enfer de Dante », FEC — Folia Electronica Classica (Louvain-la-Neuve), n° 7, janv.-juin 2004)., celle d’une forêt obscure30« Nel mezzo del cammin di nostra vita / mi ritrovai per una selva oscura / ché la diritta via era smarrita. » (« Au milieu du chemin de notre vie / je me retrouvai dans une forêt obscure, / dont la route droite était perdue. ») (DANTE, La divine comédie, I. L’enfer, Chant 1, v. 1-3) — l’Enfer — dont le héros ne pourra s’échapper qu’en suivant Virgile, le guide envoyé par Béatrice, sa bien-aimée. Si le labyrinthe comporte un tel pouvoir de fascination, c’est parce qu’on peut s’y perdre et y périr31Cf. la visite des pyramides dans le dessin animé Astérix et Cléopâtre (réal. René GOSCINNY et Albert UDERZO, Belgique & France,1968).. Il place chacun face à lui-même, avec son habileté personnelle comme unique ressource32En ce sens-là, le labyrinthe est antinomique du jeu de l’oie..

2.8. La prison

La prison représente ce même moment de perdition. C’est, concrètement, la contrainte imposée par les autres, à juste titre (la sanction légitime) ou non (la détention arbitraire), de façon définitive (la prison à perpétuité) ou simplement temporaire (pour une durée déterminée). Cette importance du rapport aux autres est aussi rappelée par la règle du jeu (de l’oie) qui veut qu’on ne ressorte de prison que lorsqu’un autre joueur arrive sur la case — « belle image de la compassion, […] ici involontaire»33Jacques BROSSE, Zen et Occident, 1992, Éd. Albin Michel, coll. Spiritualités vivantes, p. 41.. Dans une perception plus interprétative, la prison symbolise l’individu enfermé dans ses propres contradictions, dans ses tentations (l’hôtel), ses obsessions (le puits), ses démêlés (le labyrinthe) ou tout simplement aux prises avec son misérable sort : la condition humaine.

2.9. La mort

Au bout du parcours, on trouve évidemment la mort. Cette mort-là est le symbole de la fin de la vie sur Terre. C’est le bout de l’existence terrestre, mais également — pour ceux qui y croient — l’ouverture vers une autre vie, sur Terre sous une autre forme (la réincarnation) ou ailleurs dans l’au-delà (la résurrection). La mort se pose alors comme la possibilité d’une nouvelle naissance, d’une renaissance et n’est plus la certitude de la fin mais bien le passage vers l’inconnu (Enfer ou Paradis). C’est à nouveau la référence au nirvana, auquel on accède quand le cycle des réincarnations est rompu et que l’âme peut enfin voguer vers des jours paisibles.

Sources

Références

  • Astérix et Cléopâtre, film d’animation, réal. René GOSCINNY et Albert UDERZO, Belgique & France,1968.
  • Winston CHURCHILL, Lettre à son épouse, Clémentine, 1911.
  • DANTE, La divine comédie, I. L’enfer, Chant 1, v. 1-3 (italien ; français).
  • Musée du jeu de l’oie, place du Roi de Rome, 78120 Rambouillet, Île-de-France.
  • Carl SPITZWEG, Gefährliche Passage (Le passage dangereux), tableaux, années 1840, collections privées.

Illustrations