Chantier en cours

Une 

archéologie 

du réel

Après un premier cycle de travaux consacrés au décryptage du jeu social, j’ouvre un nouveau chantier intellectuel.

À travers un roman, trois essais (philosophique, politique, méthodologique), ainsi qu’une série d’articles consacrés à l’actualité (l’affaire Pelicot, Giorgia Meloni ou l’élection présidentielle, etc.), mon propos n’est pas tant de cartographier le réel que d’en décrire les régimes propres à notre époque.

Par là, j’entends notamment les substrats enfouis des phénomènes contemporains, les conditions de formation des évidences collectives et les mécanismes implicites qui orientent la coopération sociale.

1. Le réel comme champ

Si nous doutons tant de la réalité, nous qui sommes des post-modernes, c’est que nous sentons bien qu’elle dépasse notre entendement, c’est-à-dire nos modes de perception (la sensorialité, la communication, la médiatisation) et nos champs de perception (le matériel, l’invisible, le surnaturel).

Le réel se donne à nous autant qu’il nous échappe, d’autant plus qu’il excède largement les possibilités du langage. C’est pourquoi — songeant à Michel Foucault — j’ai entrepris cette archéologie du présent : faire un relevé des couches et sédiments qui rendent l’époque pensable et vivable, avec son lot d’imprévus, d’incohérences et d’archaïsmes.

2. L’archéologie comme méthode

En articulant analyse conceptuelle, exemples significatifs et observations situées, il devient en effet possible de mettre au jour un processus de sédimentation civilisationnelle — cet empilement progressif de strates symboliques — afin de déplier les formes discrètes d’organisation du présent.

Cette démarche relève à la fois d’une méthode empirique-réflexive (fondée sur l’induction à partir de l’expérience) et d’une approche critique-archéologique (attentive à la déconstruction des croyances accumulées).

L’un des principaux enjeux consiste à éclairer les modes de légitimation : les manières dont l’autorité et la validité se constituent et s’imposent, parfois au détriment de l’efficacité, de la justice, de la rationalité.

3. La neutralisation comme régime

Dans cette perspective, l’analyse des dispositifs de réduction du réel s’avère particulièrement féconde, qu’il s’agisse de la préemption des événements (par le dévoiement du langage et l’inflation informationnelle) ou encore de la désactivation des conflits (par la psychologisation des tensions sociales et le recours systématique aux procédures comme outil de régulation).

Prétendument rationalisé, le monde social tel qu’il est aujourd’hui organisé opère, plus que son optimisation, une neutralisation du réel. Par un ensemble de dispositifs (le recyclage, le sondage, la consommation), les sociétés contemporaines transforment les conflits en simulacres maîtrisés.

Dès lors, il apparaît que la politique, l’économie et le numérique concourent à la perpétuation d’un ordre rétif au changement, tout en donnant l’illusion du débat.

« On peut maintenant inverser la démarche ; on peut redescendre en aval, et, une fois parcouru le domaine des formations discursives et des énoncés, une fois esquissée leur théorie générale, filer vers les domaines possibles d’application. Voir un peu à quoi faire servir cette analyse que, par un jeu peut-être bien solennel, j’ai baptisé ‘archéologie’. »

Michel FOUCAULT, L’Archéologie du savoir,
1969, Paris : éd. Gallimard, p. 177

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