Édouard Brassac est convaincu d’avoir été choisi par Dieu. Depuis toujours, ce notaire parisien est doté d’un pouvoir singulier — la vision radiographique, entre seconde vue et réalité augmentée — qui lui montre ce que les autres ne peuvent voir : la texture du réel. Pour lui, ce don ne peut avoir qu’une seule raison d’être : il est destiné à accomplir une mission exceptionnelle, qui lui sera un jour révélée.
Édouard Brassac est un homme heureux.
La quarantaine juste passée l’a laissé bonhomme, et il possède tout ce qu’il avait souhaité : de fins cigares à fumer, de bons livres à feuilleter, de seyants costumes à porter.
S’il n’est pas vraiment égaré dans son époque, il a tout du vestige. Sa profession (juridique), son appartement (cossu), sa diction même, et jusqu’à son nom : tout est propret, délicieusement suranné.
C’est, en somme, un personnage de roman, aussi pondéré que pittoresque, dont on trouverait bien quelques traits de ressemblance chez certains notables de province.
Mais celui-ci se trouve à Paris : il y est né, n’en sort que peu et s’en arrange fort bien. Autour de lui, il a ses murs blancs et ses meubles havane ; au-dessus de la tête, des moulures et des luminaires.
Au-delà, imagine-t-il, doit se trouver le ciel : il le voit peu et n’y pense pas.
I.
L’ORDRE
Chapitre 1.
L’existence minutieusement réglée
du personnage principal, singulier notaire à Paris
Chapitre 2.
La curieuse manie d’Édouard Brassac
et son prodigieux don de seconde vue
Chapitre 3.
Le réel tel que perçu au quotidien
par Édouard Brassac
Chapitre 4.
L’élastique morale d’Édouard Brassac
et ses rares opinions sur le siècle
Chapitre 5.
Le chapitre de l’organisation domestique
et des habitudes alimentaires
II.
LA CHUTE
Chapitre 6.
Où le grain de sable se présente sous des traits d’apparence féminine
Chapitre 7.
La mise à défaut de la vision radiographique,
système de lecture du réel propre à Édouard Brassac
Chapitre 8.
Les deux tentatives successives
de mise à jour du système Brassac
Chapitre 9.
La recherche effrénée de Barbara,
apparition fugace évaporée dans la nature
Chapitre 10.
L’effondrement de la vision radiographique
comme stratégie d’existence fiable et viable
Chapitre 11.
La brève réapparition de Barbara et les conclusions qu’Édouard Brassac choisit d’en tirer
Chapitre 12.
La dernière grande décision d’Édouard Brassac
et l’implacable enchaînement qui en résulte
ÉPILOGUE
Le jugement dernier d’Édouard Brassac,
citoyen honnête mais mauvais homme