Le Manège des Si & des Peut-être (théâtre)

Une pièce de Valérie Debrut

Comédie en trois actes & en prose, écrite entre octobre & décembre 2025

Au Royaume des Esprits, se côtoient de nombreux personnages qui devisent et se disputent, tels Liberté & Fatalité, Hasard & Destinée, Travail & Loisir, Jeunesse & Vieillesse, Prudence & Courage, Luxe & Dénuement, Désir & Tendresse, Préciosité & Vulgarité, Rumeur & Connaissance. Commentant le monde des vivants, ces protagonistes s’accommodent tant bien que mal les uns des autres et doivent faire face aux caprices du créateur…

S’inscrivant dans la tradition française de la comédie philosophique et de la satire morale, cette pièce allégorique déploie un univers où le quotidien & le symbolique se répondent. Incarnations de vices ou de vertus, les personnages se débattent dans des situations à la fois métaphoriques & concrètes. Ainsi le Manège des Si & des Peut-être parvient-il à questionner les grandes oppositions qui structurent le monde contemporain.

Servie par une distribution chorale (les acteurs incarnent plusieurs personnages), soutenue par une tonalité tragicomique (l’ironie ludique le dispute à la gravité métaphysique), secondée par une écriture maîtrisée (entre verve humoristique & saillies colorées, le mélange les registres contribue à la vivacité des dialogues), la pièce met en scène un esprit de jeu & une typicité de caractères sans doute un peu désuets mais revisités avec légèreté.

 

Acte III — Scène 3

 

RUMEUR — (Blagueuse) Moi, ça ne me pose aucun problème d’échafauder des théories entières sur un minuscule soupçon.

CONNAISSANCE — (Sermonneuse) Tu as pourtant tort de te prélasser dans tes approximations. Avec Calomnie, vous provoquez des catastrophes que plus rien ne rattrape… On a beau ensuite faire venir Exactitude & Vérité, rien n’y fait.

RUMEUR — (Blagueuse) Et grâce à moi, combien de scandales sont jetés chaque année sur la place publique ?

CROYANCE — Et combien de secrets déballés au mépris du respect de la vie privée ? (Presque implorante) Comment veux-tu que je m’y retrouve si tu passes ton temps à mentir ?

RUMEUR — (S’exclamant) Mais si tu gobais pas tout aussi ! (Rieuse) C’est pas parce que je dis quelque chose que c’est forcément vrai. On peut vouloir causer pour passer le temps, pour se distraire. C’est amusant d’inventer des histoires abracadabrantes !

CONNAISSANCE — (Sèche) Mais ces histoires, ignoble Rumeur, c’est sur le compte des autres que tu les colportes.

RUMEUR — (Blagueuse) Eh ! Je n’empêche pas les autres de raconter ce qu’ils veulent !

CROYANCE — (Écarquillant les yeux) Mais voyons ! Une fois que tu as répandu ta bile et propagé tes infâmes accusations, il n’est plus question de revenir en arrière. Le mal est fait !

OPINION — (Bonhomme) C’est comme le dentifrice ! Une fois qu’il est sorti du tube…

RUMEUR — (Agacée) J’m’en fiche ! J’me brosse pas les dents !

OPINION — (Railleuse) Je comprends mieux pourquoi ton haleine est si fétide.

PROLOGUE

ACTE I. LA QUADRATURE DU CERCLE
Scène 1. Où la fortune actionne sa roue
Scène 2. Où la modernité s’entretient d’elle-même
Scène 3. Où la ronde des âges emporte toute vanité

PREMIER INTERLUDE

ACTE II. LE BAL DES INSTINCTS
Scène 1. Où la vertu entre en action
Scène 2. Où la monnaie fausse la donne
Scène 3. Où le cœur se met à battre

SECOND INTERLUDE

ACTE III. LE TON DU SIÈCLE
Scène 1. Où sonne l’heure des comptes
Scène 2. Où les circonstances imposent leur loi
Scène 3. Où le commentaire tient lieu de pensée

ÉPILOGUE

Illustrations :