Second volet du diptyque ouvert par Dispositif du réel, cet essai en prolonge & en déplace l’analyse sur le terrain politique au sens large, qu’il s’agisse des institutions, du droit, de la consommation ou encore de la science. À partir d’une série d’objets ou de phénomènes archétypaux (le recyclage, le don, la délibération, le sondage), il s’agit de mettre en évidence une dynamique commune : celle d’un contournement du réel par sa gestion symbolique — la critique elle-même est intégrée au système qu’elle prétend contester, transformée en pure posture intellectuelle — plutôt que la prise en charge effective & concrète des difficultés.
Aussi, l’ouvrage aboutit à une critique radicale des sociétés contemporaines en s’attaquant à leurs fondements mêmes : démocratie & libéralisme y apparaissent moins comme des modèles de civilisation fidèles à leurs principes proclamés (liberté, égalité, solidarité, progrès, efficacité) que comme un simulacre de rationalité & d’équité. Notamment, l’enquête met au jour les dispositifs par lesquels la pression du réel (mécontentements, contestations, dysfonctionnements) est rendue inopérante, au profit d’un ordre stabilisé — quoique fragile — mais profondément inégalitaire et néfaste à tous.
Il s’ensuit que loin d’être affronté, le réel est constamment préempté dans ses manifestations : événements, crises & tensions sont anticipées & désamorcées, c’est-à-dire neutralisées avant même de pouvoir produire les transformations sociales qu’elles appellent. En résulte une forme de domination discrète, opérant moins par affrontement direct que par captation médiatique & technocratique. Alors le conflit peut se dissoudre dans des mécanismes de régulation qui vident de sa substance la politique comme champ de luttes.
Illustration
- Juan GRIS, Carafe et livre, 1920, Museo Nacional Centro de Arte Reina Sofía, Madrid.